PORT :Article KAVADENN.COM de 09/07

Morbihan, la plaisance se cherche un port

L'activité bat son plein pour la plaisance. Le département qui avait pris une longueur d'avance en Bretagne sur les ports n'a plus aujourd'hui de possibilités de réalisation nouvelle. Dans le golfe, le nombre de places de mouillages est arrivé à son maximum de 7.000 et ailleurs sur le littoral on ne peut trouver de la place pour les bateaux qu'en grignotant de l'espace dans les ports existants ou par un système de rotations que veut encourager la Sagemor. Le seul endroit pour la création d'infrastructure lourde est Saint-Jacques, en Sarzeau, où la mairie vient de relancer un vieux projet. La plaisance, en été, a une capacité d'attraction très forte, surtout quand elle est associée aux loisirs du bord de mer. A Arradon, l'an prochain, le site de " la pointe " ne sera plus accessible : une borne filtrera les entrées.


Le 6 février dernier, le conseil municipal de Sarzeau a pris à l'unanimité la décision de réaménager le port de Saint-Jacques, relançant ainsi un vieux projet que les besoins en places de ports de plaisance dans le Morbihan remettent au-devant de l'actualité. L'extension du port de " Sainte-Catherine ", à Locmiquélic et le creusement de la darse Sud du port du Crouesty, en 2000, constituent les deux derniers grands chantiers portuaires menés dans le département. Après avoir pris beaucoup d'avance dans ce domaine sur les autres secteurs du littoral breton, le Morbihan, qui possède près de 9.000 places de ponton et autant de mouillages, est aujourd'hui bloqué faute de sites d'accueil.
Une note de faisabilité

Les temps ont changé et la création de nouveau port sur zones vierges, comme au Crouesty, se révèle désormais complètement impossible du fait de la loi Littoral. Ce type d'infrastructure n'est pas d'ailleurs plus souhaité par les élus. Actuellement, le seul endroit tenu pour possible se trouve en presqu'île de Rhuys, à Saint-Jacques. Avantages ? Il serait fait sur la base d'un port existant occupant déjà une grosse emprise sur un zonage prévu à cet effet dans le plan d'occupation des sols, avec des capacités de transformation en véritable marina et en zone urbanisée. Le vote intervenu le 6 février pour " demander au conseil général la réouverture du projet " et " mandater un groupe de travail pour relancer les études et effectuer les démarches nécessaires " n'a pas donné lieu à débat. Le 23 juillet, une première réunion s'est tenue en mairie de Sarzeau. " Une note de faisabilité a été demandée à la Sagemor ", indique le maire, Henri Bénéat. " La commune est actuellement délégataire du conseil général pour la gestion du port. Mais elle ne peut réaliser elle-même cet aménagement qui se mesure en millions d'euros. C'est le conseil général qui le fera ".
Seuil ou eaux profondes

Cette note aura deux volets : " un aspect technique et d'opportunité du choix de réaménagement, un aspect juridique concernant l'intervention du Syndicat mixte des ports et de la Sagemor ". Port à seuil ou port en eaux profondes ? C'est le gros enjeu du programme, bien qu'en 2002 la seconde hypothèse semblait être privilégiée. Le port à seuil n'est accessible qu'à certaines heures de marées mais en offrant l'avantage par rapport à l'actuelle zone d'échouage de pouvoir maintenir les bateaux à flot sur pontons et corps-mort. Le port en eaux profondes éliminerait l'inconvénient des heures de fermeture. Mais cela nécessiterait de supprimer la digue actuelle et d'en construire une nouvelle vers le large. L'objectif est de porter la capacité de 400 à 700 places. " Un travail de communication devra être fait. Rien ne sera entrepris sans le consentement de la population ", annonce Henri Bénéat. " Nous tenons à être associés à ce projet ", souligne en écho, Dominique Bolze, présidente de SOS Saint-Jacques, qui rappelle que le prolongement de l'actuelle digue a " saccagé la plage ". " Nous serons vigilants, précise-t-elle, quant aux conséquences sur l'environnement. Il n'est pas question de faire n'importe quoi pour satisfaire le bien être des plaisanciers un mois et demi par an ".

Les plaisanciers fortement invités... à naviguer

La Sagemor (Société anonyme de gestion du Morbihan) est l'un des gros opérateurs de la plaisance en France. Dans le Morbihan, elle gère 7.000 places à flot et pour faire face à la crise du logement dans les ports, elle cherche à développer les emplacements à sec et incite les plaisanciers... à naviguer.

" Un bateau qui séjourne une nuit dans un port génère 150 € de retombées pour l'environnement immédiat. Avec 50.000 nuitées par an de ce type dans le Morbihan, les collectivités locales n'ont pas l'intention de rester sourdes aux requêtes des plaisanciers pour plus d'emplacements ", explique Patrick Dubois, directeur des ports à la Sagemor. " La question qui se pose actuellement est donc : comment satisfaire le plus d'usagers possible avec un nombre de ports qui n'évoluera quasiment plus ", continue-t-il.
Port à sec

En charge de la gestion de sept ports (1), la Sagemor expérimente des solutions. Première d'entre elles, le port à sec. Les bateaux à moteur d'une longueur maximale de 7 mètres sont rangés dans des casiers empilés sur plusieurs hauteurs. Le propriétaire a juste à prévenir le port de son arrivée et son bateau est aussitôt mis à l'eau. 250 places sont déjà disponibles à Saint-Philibert et 60 viennent d'être mises en service au Crouesty. Très apprécié, ce système est appelé à se développer et sera adapté aux voiliers. Principale contrainte : pouvoir trouver de la place à terre à proximité.
Navigation = économies

Les usagers des ports sont par ailleurs incités à sortir le plus possible de leur port d'attache. Leur place peut ainsi être mise à la disposition d'autres plaisanciers. L'idée est de faire tourner le maximum de bateaux sur une seule place. " Nous essayons d'adapter notre façon de contractualiser en fonction des habitudes des plaisanciers ", ajoute Patrick Dubois. " L'idée est de favoriser ceux qui sortent beaucoup et dont nous pouvons réutiliser la place en leur absence ". Le Passeport Morbihan s'inscrit dans cette logique. Les bénéficiaires disposent d'une place à l'année dans un des ports gérés par la Sagemor et peuvent séjourner gratuitement pendant deux jours dans 23 autres ports. Une solution très séduisante étant donnée l'augmentation très probable du nombre de ports partenaires ouvrant ainsi de nouveaux horizons aux plaisanciers du Morbihan.

(1) Arzal-Camoël, Ile-aux-Moines et Port-Blanc, Arradon, Le Crouesty, La Trinité-sur-Mer, Port-Haliguen, Locmiquélic.
Pointe d'Arradon : une borne pour interdire les voitures

La Pointe d'Arradon sera l'an prochain interdite aux voitures. Seules pourront passer les personnes ayant un usage sur le port. Cette restriction de l'accès fait partie d'un plan de réaménagement du site.

Les essais seront menés à la fin de la saison mais l'été prochain on ne pourra plus aller en voiture jusqu'à la cale du port d'Arradon. L'été mais aussi les périodes de vacances et de fortes influences. " On ne laissera passer que ceux qui ont quelque chose à y faire. L'hiver, le problème se posera autrement. Il n'est pas question de privatiser la pointe. Elle appartient à tout le monde ", indique le maire, André Gall.
Capitainerie à refaire

Pourquoi barrer le site ? " On est confronté à des problèmes de sécurité ", souligne Franck Rollin, chargé de mission au Syndicat mixte des ports et base nautique du Morbihan. Ce syndicat mixte est chargé de réaliser les travaux sur les ports de plaisance pour le compte du conseil général et à ce titre il vient de lancer l'appel d'offres pour l'étude et la réalisation du site portuaire de la Pointe d'Arradon. Cette opération de plus de 3 millions d'euros comprend d'abord, la reconstruction des locaux : capitainerie, école de voile, loueur, collège Gilles-Gahinet. Un architecte aura pour mission de faire un ensemble harmonieux à la place des actuels édifices hétéroclites. Deuxièmement, la réorganisation du terre-plein servant au stockage des dériveurs et autres bateaux, le rallongement et l'élargissement de la cale existante. Troisièmement, l'installation d'un brise clapot flottant dans le prolongement du môle central pour améliorer l'abri des bateaux. Les mouillages resteront au nombre actuel de 270.
" Un lieu très sensible "

Enfin, la régulation de la circulation dont la borne sera la pièce maîtresse. Mille personnes auront, toutefois, une carte d'utilisateur permettant d'accéder au port : les professionnels et les titulaires d'un mouillage. " Arradon est un lieu très sensible, souligne André Gall. Mais avant d'interdire, il faut que nous ayons une solution à proposer ". En l'occurrence 300 places de stationnement, en paysager, prévues à Kerrat. Pour aller à la pointe, il faudra donc apprendre à laisser sa voiture. Le cheminement le long du port sera d'ailleurs amélioré et des poteaux placés en divers endroits empêcheront le stationnement.
Gabriel Simon et Régis Renoul